A propos de poésie, encore un mot...

        La poésie est un domaine où la parole est plus que jamais manifestation de vie, à la fois sensible, vaste et diversifiée.

          Le langage poétique est aussi un terrain de liberté et de jeu.

 

 « Une activité intense (…) est le symptôme d’un manque d’énergie alors que la faculté d’être oisif est la marque d’un large appétit et d’une conscience aiguë de sa propre identité. »

 Robert Louis STEVENSON

    

J’écris de la poésie

parce-que je ne voudrais pas avoir un cerveau

mais seulement un esprit.

J’écris parce-que je ne veux pas que mes mains

se transforment en papier mâché

J’écris pour que ma langue ne fonde pas

et pour que le silence oscille en moi

J’écris comme on siffle la réalité

quand la représentation en est mauvaise

J’écris comme on parcourt un cimetière

dans la tiédeur et la renaissance du printemps

J’écris comme on grignote un brin d’herbe

comme on respire sans penser à rien

J’écris parce-que je n’aime pas les autoroutes

et les pelouses bien tondues

J’écris parce-que je suis toujours enceinte d’un espoir

d’une nouvelle lutte, d’un cri

J’écris parce-que j’aime le ciel et la terre

et que je dois apprendre à m’accepter entre les deux

J’écris parce-que je me méfie des caresses et des mots

passés à la moulinette

J’écris parce-que la nuit existe

et que j’ai peur de mourir

J’écris parce-que je ne peux pas boire

toute l’eau des fontaines et ce ne serait pas bien

J’écris pour tenter une transition entre l’enfance

et le monde des autres sans qu’il s’agisse d’adolescence

J’écris parce-que les arbres ne le font pas

et que j’aime titiller leurs symboles et leur majesté

J’écris pour partager la dérision, l’altérité et la pureté

en volant l’odeur du feu, de l’herbe sèche

J’écris pour m’approprier la vie, le monde

sans trop d’efforts ni de dégâts

J’écris simplement : un cheval se roule dans la poussière

un chat passe terriblement fier, souris dans la gueule

J’écris  pour d’autres raisons plus secrètes

et leur valeur m’est bien égal

J’écris pour désamorcer tout un arsenal de mots

prêt à marteler la paix

J’écris pour lécher les bords de l’horizon

comme une enveloppe à poster

J’écris l’invisible derrière le visible

comme un vagabond foule les chemins, inlassablement

J’écris pour rien.  

 

Aline ESCOBAR

 

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