Le cirque des fées

 

Dans le cirque de ma mémoire, fée aux seins barbouillés bruissante d’exil, fée brûlée de lune, phosphorescente, fée sans escale qui disperse l’encens en volutes au gré des ronces pour y lire nos pas fragiles, ceux qui conduisent à sa demeure perlée de fleurs, cage d’oubli.

Robe intemporelle, la mer nourrit leurs racines d’écumes chantantes, la musique de leur coeur sculpté surgit en pleine urgence, en pleine lucidité.

 

Fée chevauchant la Licorne des sages, cambrée sur un feu d’artifice, enflammée parmi les corolles dépliées, errance de cendre

et de feuilles, fée souveraine cernée de lacs et de vent, fée nocturne aux ondulations animales, embrassant le ballet des noirs ajoncs tremblant d’étoiles et de songes ivres.

 

Fée translucide parfumée d’eucalyptus, étranglée de parfumes brûlants, moitié femme, moitié chuchotement d’îles et d’ossuaires, sombre déesse s’abreuvant d’éclairs, déesse rouge entre les feuilles, carcan de plaies, miroir aux rumeurs assoiffées, immuable miroir d’orbes sacrifiés en muettes fissures, fées qui pullulent au cirque de mon vertige.

 

Fée giflant le cristal des forêts et la nuit salive sa résine, entame sa pleine voix en fontaines ambrées. Fée au masque de pluie sur les pistes blanches de nos paroles, fée solitaire aux habitudes de louve, fée soufflant sur la buée des fantômes désenlacés, tatoués d’herbes folles et d’abandon.

 

Celle-ci de sa fine main trace les labyrinthes et boit mes délires d’un rire limpide, celle repliée sur l’invisible, tempête noyée, sueur de sable, patience des pierres humides, et celle perdue en jardins inexistants , condamnée aux portes mélancoliques de l’automne, respiration enchantée de songes, crique paisible en mon sommeil, éveillant mes chants, toutes ces fées ensorcellent mon âme dans le cirque clair de leurs étreintes.

 

 

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