Aline ESCOBAR
J’ai
tambouriné longtemps à la porte –en bois,
Grinçante sur
ses gonds millénaires, ne s’ouvrant qu’à demi aux jardins qu’on
entrevoit en rêve- de mon Néant intime.
Ici, la moindre
limite intente un procès aux ferveurs de l’âme, la moindre définition
briserait l’envol d’une poésie arrimée nulle part, car telle elle est,
voguant et flottant, vagabonde des mers et des airs, se posant parfois pour
renifler la terre et repartant aussitôt ivre de beautés fraîches ou
pourrissantes.
Nul être ne
saurait enchanter si bien la Vie que mon Néant timide et démesuré,
glapissant comme chiot en laisse à la seule pensée d’une idée bien tenue.
L’oiseau et
le chevreuil l’habite au fond des bois, le silence l’étire d’une étrange
jouissance au sein des océans, et si le ciel parlait son langage, une chaude
lumière brûlerait éternellement.
Dans ma chair,
je souffre la Mort, mon cœur épingle les souvenirs, offrandes à nourrir la
gueule provisoire du futur, mon esprit questionne mon esprit impuissant à
ouvrir cette porte magicienne, mais lorsque je laisse si doux Néant baigner
mon âme, même l’insecte en hibernation me sourit !
Que dis-je ?
Il n’est rien de plus facile à deviner dès que nous nous projetons hors du
moule des mots, ceux-ci étant le tremplin élastique vers nos mondes infinis
et si l’infinitude s’échappe d’elle-même tandis que nous bondissons à
demeure, il suffit d’abandonner nos peurs à la peur et de tournoyer en
foudre et feu-follets au milieu de nous-mêmes, centres de l’Univers !
Que dis-je ?
La voix de l’autre, celui qui n’a jamais droit à la parole dans le chaos
des supermarchés et des vaines publicités, celui dont l’encart serait
« je suis quand je ne suis pas » ou comme dirait Pouchkine
« Laissez-moi en paix dans la tempête » !
Ce que dirait
l’autre voix, « ais-je appris à lire pour devenir idiot et oublier ce
que je ne sais pas ? ».
Laissez-moi
vivre au creux de mon Néant, et je vous dirais la Bonne Aventure !
Tout ce que
j’ignore, les oiseaux le chante et le métamorphose en ailes imprécises –
simples, ciselées, mais aussi imprécises que le mouvement vital giclant des
nuages ou de la foule.
Laissez-moi me
taire en ces mots, et je ferais pousser l’herbe mieux que mon cadavre !
Et si la Paix
oublie nos basses formules politiciennes, religieuses ou seulement « réelles »,
nous la verrons danser ses farandoles dans le rire des enfants incapables de
rancune, dans les ruisseaux chaotiques disputant nos pieds à la frénésie
irréelle de l’instant, dans l’haleine tiède d’une nuit printanière
quand les étoiles filent la joie humaine en tapisseries d’anges brodés au
revers des mémoires séculaires, oh dans le souffle, juste le souffle d’une
vie qui passe…
Je veux oublier
tous les calendriers sans cœur, sans chair opaline, brûlante comme du givre
en éclats lunaires, -sans rythme vibrant au cri des chouettes et martelant la
porte de mon Néant intime…
